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Anthony FARDET
2 avril 2020
Alimentation préventive, durable et holistique

Alimentation préventive, durable et holistique

Comment le réductionnisme extrême a contribué au développement des maladies chroniques

Bien qu’ayant toujours existée de façon épisodique, l’alimentation préventive telle qu’on la connait aujourd’hui (ainsi que les recherches associées) est une discipline scientifique relativement jeune, qui a émergé dans les années 50-60 suite à l’apparition des premières grandes maladies chroniques aux USA, les maladies cardiovasculaires en l’occurrence.

Or, le paradigme réductionniste domine la recherche en nutrition à cette époque (ou ‘nutritionnisme’). Pour faire simple, il consiste à déconstruire les systèmes complexes en leurs parties constitutives pour les étudier séparément. Appliqué à l’aliment on a déconstruit l’aliments en protéines, glucides, lipides, vitamines, minéraux et fibres. L’aliment n’est alors vu que comme une somme de nutriments interchangeables d’un aliment à l’autre. Aussi, pour trouver l’origine de l’explosion des maladies cardiovasculaires aux USA on en a cherché la cause dans ses nutriments séparés, et c’est à partir de là que le gras (les lipides donc) a été stigmatisé avant d’être récemment réhabilité.

On comprend toute l’aberration de cette démarche car tous les nutriments sont essentiels à la vie. En l’occurrence, aux USA on a remplacé le gras par du sucre et on a ajouté l’obésité (fin des années 70) aux maladies cardiovasculaires. En réalité, si l’approche réductionniste peut trouver son utilité dans les maladies de déficiences nutritionnelles ou les maladies infectieuses car un seul micronutriment ou microorganisme est responsable, pour les maladies chroniques, qui par essence sont multifactorielles et résultent d’un environnement complexe délétère (malbouffe, pollution, sédentarité, stress…), il aurait fallu basculer dans un nouveau paradigme, l’approche holistique.

L’holisme considère que le tout ou l’ensemble est plus que la somme des parties, en vertu des interactions qui lient les différentes parties du système complexe. Dit autrement, bien que de même composition, un être humain vivant est plus que la somme de ses organes et membres qui auraient été séparés. Dans ce cas, les liens qui unissent les parties sont la vie elle-même. La prévention des maladies chroniques multi-causales demandent donc d’abord une approche holistique multidimensionnelle. Et pour commencer, cela demande aussi de considérer que l’aliment est beaucoup plus que la somme de ses nutriments, il est aussi une matrice complexe qui elle-même joue un rôle fondamental sur la santé.

Sur cette base, et si l’on se focalise sur le facteur alimentaire pour expliquer en partie l’augmentation des prévalences de maladies chroniques à travers le monde, le problème a plus à voir avec la modification des matrices alimentaires, et donc des liens qui unissent les nutriments, qu’avec les nutriments eux-mêmes. Or, la transformation alimentaire agit, certes sur la composition des aliments, mais avant tout sur leurs matrices. Si les aliments ne sont que de sommes de composés alors on aboutit à l’extrême de cette vision réductionniste aux aliments ultra-transformés qui sont des formulations à base d’ingrédients issue du cracking/fractionnement d’aliments bruts et recombinés ensuite avec des additifs cosmétiques pour modifier goût, couleur, arôme et texture. L’étape suivante sont les repas en poudre, et peut-être dans un proche avenir les gélules. L’acte de manger, holistique par essence, sera réduit à une somme de composés dans une pilule avalée en 30 secondes !

Il existe donc bien une équation fondamentale qui relie réductionnisme extrême, aliments ultra-transformés (raffinés, fractionnés/recombinés) et maladies chroniques. Et donc les maladies chroniques trouvent leur origine dans l’artificialisation des matrices alimentaires rendues hyper-attractives et nous poussant à consommer plus que de raison. L’excès de sucre, sel, gras et additifs ajoutés n’en est que l’effet, non la cause. Or, l’alimentation préventive jusqu’à aujourd’hui s’est beaucoup trop focalisée sur les effets, non sur la cause, d’où l’absence de résultats significatifs. En effet, si vous accusez seulement le sucre alors on développera des produits allégés en sucres, mais au prix d’ajouts de nouveaux marqueurs d’ultra-transformation (additifs cosmétiques, édulcorants…), ou alors par proportionnalité les teneurs en gras et protéines augmenteront : c’est le principe des vases communicants qui a montré ses effets délétères avec le remplacement du gras par le sucre aux USA dans les années 60-70.

Ainsi, la meilleure et la plus simple des préventions serait d’abord d’encourager les consommateurs à revenir à de vrais aliments, aux matrices pas, peu ou normalement transformées. Cette approche beaucoup plus holistique, car considérant l’aliment dans sa globalité et son degré de transformation, est durable à long terme, pas seulement pour la santé humaine, mais aussi pour les systèmes alimentaires.

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Le réductionnisme extrême ou ‘nutritionnisme’, qui se focalise seulement sur les nutriments, n’a donc pas réussi à enrayer les maladies chroniques. Bien au contraire, il y a contribué et ne fera probablement qu’aggraver la situation. Il suffit d’observer les courbes de progression de l’obésité et du diabète de type 2 dans les pays ayant adopté une prévention réductionniste depuis de nombreuses années. Le logiciel qui a contribué au développement des maladies chroniques ne peut pas en constituer le remède.

Ce raisonnement peut se retrouver dans d’autres domaines. Par exemple l’agriculture conventionnelle intensive a entrainé une simplification des systèmes alimentaires à l’extrême avec la disparition de tous les éléments qui limiteraient la productivité de ce système simplifié (par exemple disparitions des haies, arbres, mauvaises herbes, insectes…) et mis en équations mathématiques. Les liens qui unissaient différentes espèces végétales, insectes, arbres, haies, etc., ont été détruits au nom de la rentabilité. Cela a entrainé pollution, perte de biodiversité, changement climatique… Le résultat est logique, car en cassant les liens du système (qui étaient responsables de sa résilience et de sa bonne santé), on l’a fragilisé, générant toujours plus de maladies… La même chose s’observe avec l’élevage intensif, qui est aussi le fruit d’une pensée réductionniste extrême, mais qui comme pour l’humain, génère toujours plus de maladies chez les animaux…

Le réductionnisme seul, non inscrit dans un cadre globale, éthique et holistique, est donc mortifère et ne peux mener qu’à une impasse, celle dans laquelle nous nous trouvons d’ailleurs aujourd’hui en termes de durabilité des systèmes alimentaires.

Anthony Fardet

Chercheur en alimentation préventive, durable et holistique

www.anthonyfardet.com

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